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Vendredi 23 décembre 2005










Quand j’ai annoncé que j’allais vivre avec mon lui à deux amis...deux amis qui me connaissent bien, j’ai déclenché de part et d’autre une bonne grosse crise de rire. Le monsieur n’était pas en cause, non-non, mais la sentence est tombée en même temps que le mot :

« territoriale »

Qui ? Moi ?...
Moi. J’aime mon temps-à-moi-pour-moi, mes ptites habitudes...et mon espace. Surtout mon espace. Rentrer chez moi, poser mes affaires, et tout haut lancer aux murs un « aaaaarh, ça fait du bien d’être à la maiiiiison ! » en même temps qu’un bon gros soupir, qui vide mes poumons et tout mon corps de la journée qui vient de s’écouler....rien que d’y penser, je suis prôche de l’orgasme.
Ne pas avoir à prendre en compte la presence d’un autre est un luxe...qui n’est disponible que lorsque l’on vit seul, en tout cas dans mon cas, car je suis incapable de simplement ignorer la présence de l’autre et de faire comme s’il n’était pas là en me disant que je suis dans mon-appart-à-mouah. Non, c’est une illusion : quand on y vit à deux, ce n’est pas mon-appart-a-mouah, c’est notrappartanous. Deux réalités très différentes, deux luxes très différents.

Connaissant ce trait de ma personnalité, ces deux-là s’étaient donc fendus la poire pendant plusieurs bonnes minutes. Et j’avais suivi parce que leur etonnement et l’improbabilité de l’évènement me frappaient finalement autant qu’eux. Et je suis bon public (je ris à mes propres blagues, même seule, c’est pour dire).

Pourtant j’ai franchi le pas, lui aussi. On a cherché un appart, trouvé un appart et commence la vieàdeux.
C’était il y a deux ans et demi.

Par Mathilde - Publié dans : La vieàdeux
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Mercredi 21 décembre 2005







 
 

 

 

 

 

Il y a des gens jeunes et des gens vieux. Si.
Ce n’est pas une simple constatation demographique. Non.
Certains naissent jeunes et le seront toujours, d’autres viennent au monde vieux et le resteront.
 

 

On en connait tous je pense.
Mes exemples les plus frappants : ma grand-mere, Magic-mamie, et mon pere.

Elle est nee en...il y a longtemps. Lui aussi est ne en...il y a longtemps.
Mon pere etant nettement plus agee que ma mere, par un fameux concours de circonstance, lui et ma grand-mere appartiennent a la meme tranche d’age.

 

Mais c’est plus qu’un monde qui les separe. Je ne parle pas d’education ou d’environnement socio-culturo-machin, meme si ca a certainement joue, mais de quelque chose de plus essentiel dans ces deux-la.

 

        Magic-mamie, c’est l’energie, le rire, la parole, le bisou-calin-botte-secrete qui viendrait a bout de n’importe quel molosse alors qu’elle ne fait meme pas 1m50. Elle sent bon la generosite du coeur et le savon cleopatra. Elle a un petit placard ou est enfermee la boite a gateau du siecle et cache des poignees de bonbons acidules et de caramels dans tous les bibelots du salon. Magic-mamie a pris sa retraite et a decide qu’elle allait faire du basket. Si. (Gabarit indique quelques lignes plus haut). Elle aime faire la fete, voyager, partager. Elle me lache, tranquille en pantoufles dans sa cuisine, quand j’avais 16 ou 17 ans, « Bon, avec ton copain, ca en est ou ? Tu as les sous pour les preservatifs ? ». La, je me souviens etre restee un instant mortifiee sur le carreau de la cuisine, a vingt mille bornes au moins de l’image de mamie-Nova (c’est pourtant comme ca que je l’appelais quand j’etais petioute), et me rendre compte a quel point j’etais fiere d’elle, de voir qu’elle n’etais pas une image du passe mais vivait depuis toujours avec son temps, sans chichi et avec bienveillance.

 

Et c’etait d’autant plus facile de ressentir cette jeunesse en elle que j’avais l’exact oppose ou presque a la maison.

 

            Mon pere ne parle pas, ou parle mais n’ecoute pas, il controle et exige, fait plier ce qui resiste, et est persuade d’avoir raison. Toujours. On lui a appris qu’on ne discute pas, il applique a la lettre. On lui a appris qu’il faut se tenir et bien presenter en societe, il execute, construit le masque de la perfection et de l’amabilite, et redevient lui-meme (mais est-ce vraiment lui-meme ?) a la maison. Il fait semblant de tout comprendre pour maintenir ses apparences, mais j’ai vite atteint l’age de percer son inaptitude a apprehender le monde dans lequel il vit, son inaptitude a l’empathie envers les plus proches de lui, son inaptitude a depasser son propre ennui. Parce qu’il s’ennuie. De sa vie, des amis, de sa « famille », de lui-meme. Il est surement ne comme ca, avec des oeilleres, vieux avant l’age, et son education a du renforcer le trait.

 

Et je ne sais pas pourquoi, ces deux personnages de ma vie se posent en miroir l’un de l’autre dans ma tete. Tous les opposent, mais surtout cette jeunesse de coeur de l’un et cette vieillesse de coeur de l’autre.

Comme quoi, l’age.  

 

Mon pere est la, encore un peu de lui-meme tient la main a Alzheimer.

Magic-mamie est partie. Elle laisse beaucoup, beaucoup de soleil.

 

 

Par Mathilde - Publié dans : Réflexions deci delà
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