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Un ptit air

Lundi 19 décembre 2005




Lui est fonctionnaire dans une mairie du coin, elle est professeur d’anglais.

Un couple d’âge moyen, parfaitement « ordinaire ».

Mais les apparences sont parfois trompeuses, elles dissimulent souvent plus que l’on croit.

Ces deux-là sont des passionnés.

Des passionnés de musique, de rythme, de jazz.

Et pas des passionnés de salon. Eux ont choisi d’aller plus loin, de participer à leur passion, de la faire vivre au quotidien.

        J’ai eu plusieurs fois l’occasion d’assister à la métamorphose, mais celle qui me laisse la plus forte impression remonte à plus d’un an. En mai 2004.

 

        Ils se produisaient déjà dans de petits bars ou des live-houses, parfois l’aprés-midi dans des cafés et avaient déjà à leur actif un premier album auto-produit. Et les voilà qui se préparaient à renouveller l’aventure. Après avoir économisé les fonds nécessaires et poli leur art respectif, ils avaient loué le hall de concert de la ville, recruté un pianiste et allaient enregistrer leur deuxième opus.

        Lui et moi avions été appelés pour faire les photos qui serviraient à la pochette de l’album, pendant les répétitions précédant l’enregistrement. Je me souviens de partir ce matin-là l’appréhension au ventre et l’Olympus en main !

        Elle n’a pas dormi, livide de trac, elle fait des allers-retours entre la scène et la sortie, le piano et le micro, vient nous saluer mais le coeur n’y est pas. Elle repart prendre un peu d’eau.

        Lui s’occupe des derniers réglages, fixe sa guitare, répète les mêmes accords...et vient demander qu’on ne le prenne pas en photo, même pour la pochette, non, il préfère rester invisible. Lui, le grand timide.

La répétition commence et, avec les premières notes, tombent les masques du quotidien.


        Elle, dont on sent qu’elle abrite quelques démons anciens, pleine de nervosité, nouée dans ses attitudes et ses mots, la voilà quasiment autre, comme dépliée et délivrée d’elle-même. Plus de tremblements dans sa voix ni d’hésitations dans son regard. Debout, grandie, elle chante et son corps s’anime des mots qu’elle fait vivre.

        Lui, dont la douceur et la timidité frappent au premier abord, n’est plus que force vive, déborde de l’assurance de celui qui sait où il va.

La musique les fait vivre ... à moins que ce ne soit le contraire, que ce soit eux qui la fassent vivre.


Et moi, je les admire.

        Leur talent, bien sur, mais plus encore la force de leur passion, la sincérité qu’ils dégagent, leur choix de faire partie du voyage. Témoin de leur transformation...à moins que ce ne soit qu’un retour à eux-mêmes, au fond... j’absorbe l’énergie qui s’échappe de leur instrument respectif, de sa voix et de sa guitare. La musique – leur musique -  me traverse et, par je ne sais quelle chimie, je me sens plus légère...et pour forcer le trait, mais vraiment à peine, même un peu plus vivante.

         Alors quand une de leur représentation s’annonce, je réserve ma soirée pour la passer en    musique et c’est justement ce que j’ai fait hier soir. Mis de côté recherche, traductions et soucis en tout genre, la soirée est à moi (et un peu à lui, quand même !), parenthèse tranquille, au grés des notes.

        Deux heures plus tard, encore bercée par les mots parfois désuets des standards du jazz, comme nourrie par la force de cette voix et cette guitare (et hier soir, de cette basse), je repars le pas léger vers mon quotidien.


Spain résonne encore dans mes oreilles. Ce morceau me remue à chaque fois.

 

Par Mathilde
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